samedi 19 mai 2018

Reconnaissance de paysage…


Il avait mis au point un système de reconnaissance de paysages… une machine infernale, capable, au contact de mutilations, de reconnaître l’espace de leur création. À l’aspect de leurs formes, aux couleurs qu’ils prenaient, selon leur étendue, la manière dont ils s’effaçaient, s’estompaient… le dispositif s’activait et parvenait à déterminer leur nature et leur origine.

On aurait dit une sorte de miroir bizarre… La structure était froide et propre, réfléchissante, coupante, aux formes pures et géométriques. Passé par elle, tout était inversé, renversé d’un coup ; dévoilé à l’envers, présenté sur l’envers, exposé au revers.
Sur le dessus de la machine on pouvait lire :
« Attention ! Les mutilations ont un sens, les insérer à l’endroit. 
Ne pas forcer, leurs tracés, leurs marques sont fragiles. 
Si le paysage ne rentre pas c’est que vous vous êtes trompé de sens. Réessayez. »

La machine ne fonctionnait qu’avec les paysages, des paysages sans être. Des paysages réels, concrets. Pour les natures mortes c’était variable. Une nature morte intitulée Peau d'âne : un paysage immense et vert, planté – sous un ciel silencieux à la fois de lune et de soleil, baigné du jour et de la nuit – d’arbres au troncs immenses et sommets au feuillage vert mousse, représentant un sentier très étroit et à peine visible au milieu d’une pelouse vert sapin sans fin, au bord duquel, à mi-hauteur du tableau, à l’ombre d’un buisson d’arbustes sans forme, était posé un coquillage renfermant entortillés, enfoncés, une fourrure grise, une boule de plumes blanches et une toison frisée au ton pâle… ; avait pu pénétrer et avait révélé une masse colorée intéressante, foisonnante, fascinante… et insoutenable ! Une interprétation tout à fait normale, classique.




vendredi 18 mai 2018

mardi 15 mai 2018

J'ai piscine… (et deux carottes)

 – réflexions

L’image du temps devrait être un lièvre, ou un lapin – petit, blanc, rapide.
Au lieu de cela, c’est plutôt à la vue d’un escargot qu’on se dit peut-être, vraiment, être face au temps, à un temps qui passe.
Dans la nature – en réalité – se retrouver face à un lièvre ou un lapin blanc est quasi impossible. Si cela arrive, il ne peut s’agir que d’un moment furtif, d’un instant éphémère… ou, s’il dure un peu, ce ne peut vraisemblablement qu’être un arrêt du temps, une crainte, une tétanie partagée ; un espace extra-ordinaire
La plupart du temps – en temps normal –, si on l’attend, on le manque, on le rate…

L’idée d’une quatrième dimension est plaisante, cela introduit du mystère et un sentiment d’exploration possible. À l’application de cette formule, le temps semble pouvoir être neutralisé et étudié – disséqué. L’imaginer tiré à quatre épingles, étiré, retroussé, découpé, décomposé lui donne un attrait, si ce n’est amusant, du moins fascinant… Bela se représente la fourrure blanche ouverte sur l’intérieur rouge, brun, nervuré de bleu, vert et violet… Souffrant d’un problème de convergence, il a déjà du mal à voir en trois dimensions, alors quatre ?

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La vision du « léporidé » est très large. Du fait de la position latérale de ses yeux, elle peut atteindre un angle approchant 360°, mais seulement à plus d’un mètre. En-deçà de cette distance, un lapin ne perçoit pas (bien) ce qui se trouve en face, sur le bout de son nez. 
Du fait de cette vision latérale, il a également du mal à évaluer les distances et les profondeurs, ce qui lui vaut parfois de belles chutes et lui permet de distinguer deux images simultanément – appréhender ce qui se passe devant son œil droit et son œil gauche dans un même temps, sans rencontre.
– le lapin serait donc un animal obligé de prendre du recul pour distinguer, discerner, mais serait capable de considérer deux images en même temps…


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Il paraît qu’il faut prendre son temps et trouver sa place… Pour trouver son espace, on peut sans doute le faire à la manière de Boucle d’or, tester la grande, la moyenne, la petite chaise… ou si le culot manque, on peut sans doute mettre à l’eau un bateau de papier et le suivre. 
Mais le temps, comment s’attrape-t-il ?



lundi 7 mai 2018

Arsène Blanc




Depuis quelques temps, il exprime des intérieurs. 
Il dessine des pièces. Il représente leurs murs, leurs portes, leurs fenêtres, des couloirs, des escaliers, s’attarde aux meubles, mobilier, peintures et papiers peints, aux « décorations », aux objets, aux tableaux, aux bibelots, aux éléments qui habitent ces lieux.
Il se dit parfois qu’il les présente seulement, car c’est la première fois qu’il les fait visiter, qu’il laisse quelqu’un y pénétrer, s’y introduire.

Quand il y réfléchit, il trouve cela étrange, absurde… 

Eh ça y est ! Il perçoit bien qu’un « je » est là, qu’il est apparu dans cet intérieur. Il voit cette idée, cette question d’extrait poindre… 
Poindre ou pointer ?

Selon le dictionnaire, poindre signifierait piquer ; provoquer une souffrance physique aigüe ; blesser violemment, provoquer une souffrance morale aigüe ; apparaître sous forme de pointe, apparaître, se faire jour. Pointer serait, selon qu’il soit transitif ou intransitif,  donner des coups de pointe d’une arme blanche ; planter, enfoncer dans ; marquer d’un point ; soumettre à un contrôle ; faire saillie, avancer en pointe ; monter en flèche ; (se) dresser ; (se) diriger vers ; désigner ; orienter vers.

Les deux conviendraient. Pointer irait peut-être mieux avec l’idée d’une construction. Poindre évoquerait un dévoilement.


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Il voudrait s’extraire, s’effacer de son imaginaire, de ses images. 
Comment faire qu’il n’y ait qu’un jeu, juste, « simplement » une fiction ? Comment écrire, décrire une construction complètement étrangère à lui, autre que lui ?

Du fait qu’il inscrive « il », il voudrait, souhaiterait son absence. Il se dit aussi que peut-être en passant au « elle », ce serait plus flagrant… mais peut-être trop. Un neutre serait mieux. Mais il n’en existe pas (en français ; devrait-il changer de langue ?). 
Pourquoi pas un « on », « on » est assez neutre et même indéterminé en nombre. Mais « on » semble porter une inclusion possible…

Il reste donc au « il »
Mais dès lors qu’il écrit, dit « il », il pose un regard, son regard, et donc sa présence.
Il faudrait donc peut-être passer par un « je » fictif, un je-construction,  je-composition, la prise d’un rôle, pour pouvoir s’absenter, mieux disparaître. Par le « je » imaginaire, l’être créé est un « autre » sous l’apparence, les traits de soi. Un autre, avec quelque chose de soi, un double, un mélange, un hybride. Un « je » construit à partir du « je » réel, inventeur, et d’un « autre » imaginaire-imaginé ; un « je » voulu, désiré, construit, modelé, composé, réfléchi, adéquat, joué, activé.


Pourtant, pour le lecteur, ce « je » semble contenir une ambiguïté qui impliquerait plus l’auteur qu’un « il »


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Arsène Blanc écrit presque toujours à la troisième personne. Il écrit sous un pseudonyme ; Arsène n’est pas son prénom, ni Cléo, Cassandre, Élie, Bela, Lysandre ou Louison. Arsène Blanc n'existe pas.
 (vraiment)



dimanche 6 mai 2018

mercredi 18 avril 2018

la 4e dimension (dernier épisode) *paysage 01






Il quitte la ville en regardant dans son rétroviseur le nom d'une agglomération que l'on aperçoit à l'envers: LAMRON. Sur l'écran, les rues qui, à l'instant, s'éloignent dans son dos, nous font face. Nous voyons ce qu'Usher voit: un monde à l'envers qui s'éloigne lentement, un monde qui est l'endroit où il vit, habite, fait ses courses, achète l'édition du matin, mange et dors. C'est la première scène, et dès le premier plan, on comprend que le destin de cet homme, roulant seul au volant de sa voiture, tient le volant à sa place.
Pierre Cendors, Vie Posthume d'Edward Markham